La bibliothèque du centre de La Courneuve

Histoire

L’achat d’imprimés au secrétariat d’État aux Affaires étrangères est attesté pour la première fois en 1680. Lorsqu’en 1712, Colbert de Torcy crée son Académie politique destinée à former des jeunes gens aux négociations diplomatiques, il prend soin de faire réunir des ouvrages pour leurs travaux d’étude. Grotius, Puffendorf, de Wicquefort, Machiavel, Lipse sont au programme. On y enseigne le droit public, l’histoire des traités, le cérémonial et les langues étrangères.

Hugo Grotius

De 1723 à 1730, pendant les ministères du comte de Morville et de Chauvelin, on confie à Jean-Conrad Pfeffel, jurisconsulte du Roi, l’achat en Allemagne d’ouvrages sur le droit public.

En 1746, le marquis d’Argenson donne instruction que tous les écrits périodiques (gazettes et journaux politiques) qui arrivent au département des Affaires étrangères et qui sont jugés dignes de son attention soient remis, au terme de l’année, au dépôt des Archives. En dépit de ces acquisitions, le personnel se plaint encore de ne pas disposer d’assez d’ouvrages pour effectuer son travail.

Avec le duc de Choiseul-Stainville, les bureaux et le dépôt des Archives sont regroupés sous le même toit à Versailles. En 1767, le règlement du mois de septembre prévoit d’attribuer aux ouvrages un espace spécifique, dans la même salle que les mémoires. L’année suivante, Choiseul-Stainville achète la bibliothèque de Chrétien-Frédéric Pfeffel, fils de Jean-Conrad et jurisconsulte du Ministère, qui concerne principalement le droit et l’histoire des pays germaniques.

Le dépôt des Affaires étrangères à Versailles, grande salle remplie de livres
Le dépôt des Affaires étrangères à Versailles
(salle des mémoires et des livres imprimés)

La bibliothèque rassemble 972 ouvrages en 1792. Sous la Révolution, Louis Resnier (neuvième garde des Archives) remet de l’ordre dans les livres. Entre 1796 et 1798, il obtient l’autorisation de « faire prendre dans les dépôts littéraires tous les ouvrages qui pouvaient lui convenir ». 3449 nouveaux titres entrent au Ministère.

La bibliothèque se dote de son premier catalogue Matières en 1824. Elle compte alors 14 000 volumes. Elle prend ensuite son essor sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Dans la seconde moitié du 19e siècle, une réelle politique d’acquisition est conduite par achats, souscriptions, échanges et dons. A l’étranger, les ambassades sollicitent les autorités locales afin d’obtenir des publications officielles qui sont ensuite transmises au Département. Nommé bibliothécaire en 1869, Frédéric Masson note dans un rapport que beaucoup d’imprimés, édités à l’étranger, sont très rares et n’existent pas à la Bibliothèque impériale.

Toutefois, l’accroissement des collections est encore mené de façon trop incohérente pour que la bibliothèque puisse jouer pleinement son rôle au sein du Ministère. Aussi, en 1890, la commission des Archives diplomatiques crée une sous-commission chargée de recadrer son activité, qui définit les règles de catalogage et les quatre domaines de compétence de cette « bibliothèque diplomatique spéciale » :

  • la législation ;
  • la géographie et les voyages ;
  • l’histoire ;
  • les publications officielles étrangères.
La bibliothèque au quai d'Orsay, personnes consultant des livres, assises autour d'une table
La bibliothèque au quai d’Orsay

Si le champ d’intervention du service est alors bien déterminé, il faut encore attendre la nomination comme bibliothécaire, en 1923, de Georges Girard pour que le classement matériel et le traitement intellectuel des collections s’améliorent considérablement.

La bibliothèque poursuit ses actions au profit des agents tout au long du 20e siècle. Elle se modernise et développe des outils indispensables pour améliorer le signalement de ses collections qu’elle ouvre, en 2010, à l’étude et à la recherche au centre des Archives diplomatiques à La Courneuve.

Missions et actions

Aujourd’hui, la bibliothèque détient environ 500 000 volumes, parmi lesquels figurent les numéros de 3000 titres de revues et de journaux.

Ses collections s’enrichissent d’environ 5000 titres par an, concernant non seulement les domaines de compétence du Ministère mais aussi le champ couvert par la recherche en histoire diplomatique :
  • des ouvrages sur les relations internationales, la diplomatie, la législation française et étrangère, le droit international, maritime ou consulaire, l’économie, l’histoire, la géographie, les langues ;
  • 150 abonnements en cours à des titres de journaux et de revues ;
  • des éditions de documents diplomatiques français et étrangers, qui entrent dans les collections dans le cadre d’une politique d’échange avec les pays éditeurs (Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne et Italie, en particulier) ;
  • des collections d’annuaires français et étrangers, de dictionnaires,…

Les achats ne représentent qu’un tiers des acquisitions : la bibliothèque s’enrichit principalement par dons et échanges administratifs, provenant des services et du réseau diplomatique et culturel, de bibliothèques, d’institutions et de particuliers. Certains dons peuvent être exceptionnels. L’Assemblée nationale cède au Ministère, en 2011, un corpus de publications officielles collectées auprès des parlements étrangers du 19e au début du 21e siècle, représentant plus de 90 000 volumes.

Après la fusion des ministères de la Coopération et des Affaires étrangères en 1999, la bibliothèque de l’ex-ministère de la Coopération vient tout d’abord compléter les fonds d’archives des missions de coopération et d’action culturelles, conservés par le centre des Archives diplomatiques de Nantes (CADN). En mai 2017, dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme de mouvements de collections, cette bibliothèque est transférée au centre de La Courneuve. Au début des années 1960, le ministère de la Coopération s’était doté d’un véritable centre de documentation dont la vocation était de préserver la littérature grise issue des travaux d’expertise technique menés par ses coopérants, essentiellement dans les pays relevant des anciennes colonies françaises. Ce fonds clos est constitué essentiellement d’études et rapports techniques illustrant la politique d’aide au développement conduite par ce Ministère ainsi que des ouvrages de documentation générale complétant l’information sur chaque pays. Le catalogue est consultable en salle de lecture, pour les ouvrages acquis entre 1960 et 1987, et en ligne pour ceux acquis à compter de 1988.

Entre 2002 et 2008, la bibliothèque a mené la conversion rétrospective de ses fichiers papier permettant de rendre possible la recherche d’un ouvrage sur son catalogue en ligne Stendhal.

Elle participe également à l’enrichissement de plusieurs bases collaboratives dont les principales sont Gallica (bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France), la base Patrimoine du CCFr (Catalogue Collectif de France) et le SuDoc (catalogue du Système universitaire de Documentation).

Accéder au catalogue en ligne Docodev de la bibliothèque de l’ancien ministère de la Coopération

Accéder au catalogue en ligne Stendhal