1825-1975 : cent cinquante ans de relations franco-mexicaines
1825 : la France envoie un représentant auprès du Mexique indépendant
Si le Mexique fait remonter son indépendance au 16 septembre 1810, date à laquelle le curé de village Hidalgo y Costilla, avec un petit groupe de créoles, prépara un soulèvement et sonna la cloche de son église en criant : « Vive l’indépendance du Mexique », la guerre qui s’ensuivit dura 11 années. Par le traité de Córdoba (24 août 1821), le dernier vice-roi accepta le principe de l’indépendance du pays et le général Agustín de Iturbide y Arámburu entra dans Mexico comme un libérateur.
La France attendit 1825 pour décider l’envoi au Mexique d’une prudente mission diplomatique, confiée à Victor Martin, dont l’objectif était d’établir la confiance entre les deux pays, faire respecter le pavillon français et s’enquérir des possibilités commerciales qui pouvaient s’ouvrir. Martin s’installa à Mexico en octobre 1826 avec le titre d’inspecteur du commerce français, puis, en 1827, il fut nommé consul à Xalapa et Vera Cruz et chargé du consulat général à Mexico. La même année, une ligne de paquebots régulière était établie entre Bordeaux et Vera Cruz. En mai 1831, Martin fut nommé ministre plénipotentiaire et la représentation de la France au Mexique fut élevée au rang de légation.
Un siècle de relations indécises
Dès lors les relations entre la France et le Mexique furent étroites, parfois conflictuelles : deux expéditions militaires françaises eurent lieu au XIXe siècle, la première en 1838 à la suite de l’affaire des « petits gâteaux » (la France avait réclamé des indemnités et envoyé une flotte devant Vera Cruz à la suite de nombreux troubles ayant inquiété les Français du Mexique, dont le pillage de la boutique d’un pâtissier français), et surtout en 1862 pour restaurer le trône mexicain en y portant l’archiduc Maximilien, frère de François-Joseph d’Autriche.
Malgré ces événements, à partir de 1821, un important courant d’émigration en provenance des Basses-Alpes (« les Mexicains de Barcelonnette ») s’établit au Mexique. La réussite spectaculaire dans le commerce et l’industrie de ces premiers émigrants amorça un courant continu d’émigration en provenance d’autres régions (Basques, Béarnais, Bourguignons).
Après la Seconde Guerre mondiale, les relations politiques se renforcent : la représentation de la France au Mexique est érigée en ambassade en mars 1946 ; la visite du président Lopez Matéos à Paris (1963), puis celle de De Gaulle à Mexico (1964), initient un rapprochement politique.
-
Résidence de France à Mexico, vue du parc (juillet 1968)
Ouverture des archives sur le Mexique pour la période 1971-1975 aux Archives diplomatiques
En mars 2005, les Archives diplomatiques ouvrent une nouvelle tranche chronologique de la série Mexique des archives de la direction d’Amérique. Consultable sous la cote 100QO/68-100QO/98 au centre des Archives diplomatiques de La Courneuve, elle concerne 31 articles.
La période est dominée par la personnalité de Luis Echeverría Álvarez, président du Mexique de 1970 à 1976, dont la volonté réformatrice tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ne parvient pas à bout de l’immobilisme du PRI, Parti Révolutionnaire Institutionnel au pouvoir depuis quatre décennies, et des oligarchies locales.
Les inégalités socio-économiques restent grandes. Sur le plan intérieur, on voit apparaître à partir de 1971 une insécurité qui se manifeste par différentes actions violentes : enlèvements (hommes politiques, membres du corps diplomatique et consulaire, le propre beau-père du président Echeverría), attentats, violence urbaine, phénomènes de guerilla et de banditisme notamment dans le Guerrero.
Sur le plan extérieur, le président Echeverría mène une politique active, caractérisée par un rapprochement vers le bloc communiste, dont témoigne la mise en place de relations diplomatiques avec de très nombreux pays dont la Chine. Le président effectue un grand nombre de voyages à l’étranger, dont un périple tricontinental en 1973 suivi de longues tournées en Europe et en Amérique latine (1974), en Afrique et au Proche Orient (1975). Il est aussi le fervent promoteur du traité de Tlatelolco sur la dénucléarisation en Amérique latine.
Les relations franco-mexicaines de la période sont empreintes de cordialité, dans le prolongement de la visite de De Gaulle à Mexico en 1964. Cette proximité est reflétée par le grand nombre de visites bilatérales. La visite du président Echeverria à Paris, en avril 1973, couvre naturellement tous les sujets bilatéraux et internationaux, notamment l’adhésion de la France au traité de Tlatelolco.
-
Voyage officiel en France de Luis Echeverria (9-12 avril 1973)
Discours d'accueil de Georges Pompidou, en présence de Claude Pompidou
(Paris, palais de l'Élysée, le 9 avril 1973)
Le France mexicain, tentative sans suite
Deux télégrammes de juillet 1975 évoquent un épisode méconnu d’une affaire qui secoua la France des années 1970 : le désarmement du paquebot France en 1974, générant un conflit social et un vaste mouvement d’opinion. Fierté française, le paquebot transatlantique le plus long du monde à l’époque (314 mètres), victime de la crise pétrolière et de la concurrence de l’aérien, n’était plus rentable. Bloqué au Havre, occupé par son équipage mutin et gréviste, héros de la chanson de Michel Sardou Le France, le sort du navire suscite l’émoi et de nombreuses propositions fleurissent pour le sauver en l’affectant à un autre usage : maison de retraite pour marins, navire-hôpital au large du Liban, école hôtelière itinérante, casino flottant, etc.
En juin 1975, le puissant homme d’affaires mexicain Gabriel Alarcon fait lui aussi une proposition pour convertir le navire en hôtel flottant à Acapulco. Alarcon est un magnat de la presse, de l’industrie cinématographique et de la finance, propriétaire du journal El Heraldo de México, de chaînes de radio. Originaire de Puebla, sa famille a également de vastes propriétés à Acapulco. La proposition n’aboutira pas et ce n’est qu’en 1979 que le France, racheté par un armateur norvégien et devenu le Norway, pourra de nouveau naviguer.