1975-2025 : cinquante ans d’indépendance du Suriname
Par Françoise Watel (Archives diplomatiques) - 22 août 2025
1975 : la France envoie un représentant auprès du Surinam indépendant
Voisin de la Guyane française et du Brésil, bordé par l’océan Atlantique, entre les fleuves Orénoque et Amazone, le Suriname est le plus petit pays d’Amérique du Sud et l’un des moins peuplés. 97 % de son territoire est constitué par la forêt amazonienne. Il est aussi l’un de ceux qui ont connu l’indépendance la plus tardive puisque ce n’est que le 25 novembre 1975, il y a 50 ans, que la république du Surinam (selon l’orthographe de l’époque) est devenue officiellement indépendante des Pays-Bas.
Colonie néerlandaise depuis 1667 sous le nom de Guyane hollandaise, le pays voit l’émergence après 1945 de mouvements populaires pour demander l’indépendance. En 1950, la colonie obtient un régime parlementaire avec une assemblée élue au suffrage universel et, en 1954, un statut d’autonomie interne. En 1972, le gouvernement néerlandais décide d’accélérer le processus d’indépendance du pays, envisageant même de l’étendre aux Antilles néerlandaises, ce qui ne manque pas d’inquiéter le gouvernement français qui s’interroge sur l’avenir de la partie française de Saint-Martin, l’île étant partagée entre la France et les Pays-Bas.
Le 20 novembre 1975, le parlement surinamien finit par adopter le projet de loi constitutionnelle : l’indépendance complète est actée et dès le lendemain, la cérémonie d’indépendance est organisée. Le 25 novembre, la princesse héritière Béatrix des Pays-Bas et le prince Clauss assistent à la cérémonie. La France, qui ne dispose à Paramaribo que d’un simple agent consulaire, envoie son consul à San Juan de Porto Rico, Paul Poli, accompagné de l’attaché commercial et, pour diriger la délégation française et lui donner plus de lustre, Stéphane Hessel. Grand résistant, entré au quai d’Orsay en 1945, Stéphane Hessel vient d’achever en 1975 une mission en Afrique : il est disponible pour cette courte mission, mais ne restera pas. Le premier représentant diplomatique français à Paramaribo est Jean Ponsolle, nommé le 19 mai 1976, qui présente ses lettres de créance en septembre 1976.
Surinam ou Suriname ?
Aujourd’hui encore, on trouve les deux orthographes. C’est en 1948 que le nom de Guyane hollandaise est remplacé par celui de Suriname. La graphie Surinam est attestée bien avant (on la trouve dans le Candide de Voltaire) et elle semble provenir du peuple Surinen, peuple autochtone qui fait partie des plus anciens habitants connus du Suriname, mais avait disparu du territoire avant le XVIe siècle. La graphie Suriname est la graphie actuellement reconnue par l’ONU et la France.
Ouverture des archives sur le Suriname pour la période 1971-1975 aux Archives diplomatiques
Les archives de la direction d’Amérique relatives au Suriname durant les années qui précèdent immédiatement l’indépendance (1971-1975) sont ouvertes au public au centre des Archives diplomatiques de La Courneuve, sous la cote 107QO/8-10. L’intitulé de cette sous-série est encore « Possessions néerlandaises » puisque le pays ne devient indépendant qu’à la toute fin de l’année 1975. Ces dossiers permettent de comprendre le contexte surinamien à cette période charnière du pays, et les relations complexes avec le voisin français.