1960. Indépendances africaines et nouvelles diplomaties

Les soleils des indépendances soulèvent de profonds espoirs chez les citoyens des nouveaux États africains. Après des décennies de colonisation, les défis sont nombreux et immenses : consolider la nation, assurer le développement et s’imposer sur la scène internationale.


Comment se redéfinissent alors les diplomaties européennes et africaines ? Un ouvrage propose de se pencher sur cette question. Co-édité par les Archives diplomatiques, l’École nationale des chartes et le Comité des travaux historiques et scientifiques, il est en partie issu du colloque « Après les indépendances africaines. Nouveaux enjeux, nouveaux acteurs, nouvelles diplomaties », organisé en partenariat avec le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et le Centre de recherches en histoire internationale et atlantique de Nantes Université (17-18 novembre 2022).

Continuités et ruptures postcoloniales

L’indépendance suppose de mettre un terme au rapport de domination impériale pour entrer dans des relations plus équilibrées, plus diversifiées, associant des diplomaties bilatérales et multilatérales. En pratique, certains dirigeants font le choix, plus ou moins contraint, de la continuité, en maintenant des liens étroits avec l’ancienne métropole. D’autres s’en affranchissent de manière plus marquée et cherchent à développer de nouveaux partenariats, en particulier avec les pays socialistes. Sur le continent, tous les États n’accèdent pas à l’indépendance en même temps : tandis que s’organisent des regroupements panafricains à l’échelle régionale et continentale, certains pays sont encore plongés dans des guerres de décolonisation. La lutte contre l’impérialisme constitue tantôt un puissant facteur de ralliement panafricain, tantôt un sujet de discorde entre partenaires africains.


Les trajectoires diplomatiques des États africains s’insèrent donc dans un cadre complexe, fortement marqué par les rivalités de la Guerre froide, et les modèles de développement économique qui en découlent. L’arrivée des pays du Tiers-Monde dans le système international offre aussi la possibilité de nouer des liens avec l’Asie et l’Amérique latine. En Europe, les ex-puissances coloniales, en premier lieu la France, cherchent à maintenir leur influence sous d’autres formes. Mais la construction européenne complexifie les relations des pays africains avec l’Europe, notamment par le biais de l’aide au développement. Tous ces enjeux composent une histoire foisonnante que cet ouvrage propose d’aborder à partir des archives françaises.

Quelles archives françaises pour écrire cette histoire foisonnante ?

Le pari de cet ouvrage est de partir des archives, matériau et boîte à outils de l’historien. Fruit d’une collaboration entre les Archives diplomatiques et Nantes Université, l’ouvrage dresse un état des lieux des fonds diplomatiques français éclairant l’histoire de l’Afrique au tournant des indépendances. Le dialogue entre archivistes et historiens met en lumière leur richesse et nourrit une réflexion méthodologique quant à leur interprétation. S’il est bien entendu que les archives françaises ne suffisent pas à écrire cette histoire et doivent être croisées avec d’autres fonds, elles constituent des sources précieuses pour l’aborder, sous des angles thématiques extrêmement variés.


Archivistes et conservateurs du patrimoine dressent un état des lieux des traités franco-africains depuis les indépendances et présentent les fonds conservés dans plusieurs centres nationaux :  

  • les archives de l’administration centrale du ministère des Affaires étrangères à La Courneuve, 
  • les archives du réseau diplomatique et consulaire à Nantes, 
  • les fonds privés consultables tant aux Archives nationales de Pierrefitte qu’aux Archives d’outre-mer d’Aix-en-Provence ou aux Archives diplomatiques (La Courneuve),
  • les sources issues du ministère de la Coopération (missions de coopération et d’action culturelle et bibliothèque à Nantes, archives orales et photothèque à La Courneuve).
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  • Photographie (noir et blanc)

    Réunion des chefs d’États de l’Union Africaine et Malgache, Ouagadougou (12 mars 1963) 

    Photographie de Michel Gravet

    FR MAE, Collection iconographique, Série H (Relations internationales, A070841)

Décolonisation, guerre froide et aide au développement

Dix historiens venus d’Europe et d’Afrique s’attellent à l’interprétation de ces archives, et à leur confrontation avec d’autres sources françaises, européennes ou africaines. Chaque auteur offre un coup de projecteur sur une situation diplomatique spécifique, impliquant des acteurs variés, de l’Algérie à l’Afrique du Sud, de la France à la CEE. L’ouvrage témoigne ainsi de la multiplicité des thématiques que les Archives diplomatiques permettent d’explorer : la bascule de 1962 en Algérie, le nouveau souffle du panafricanisme au tournant des indépendances, l’émergence d’une diplomatie parlementaire au Gabon, les concurrences de Guerre froide en Algérie, la normalisation des relations franco-sud-africaines à la fin de l’apartheid ou encore la recherche de partenariats militaires dans le Togo de Sylvanus Olympio. Une place importante est faite aux ambiguïtés des politiques de coopération et d’aide au développement menées en direction de l’Afrique par la France et la Communauté européenne. In fine, l’ouvrage interroge également le caractère éminemment politique des archives comme marque de souveraineté, à travers l’analyse du « rapatriement » des archives du protectorat français au Maroc en 1956.


Sans prétendre à l’exhaustivité, ce livre collectif entend encourager de nouvelles recherches sur les diplomaties africaines ou vers l’Afrique. Il a aussi pour ambition de croiser les approches historiographiques et de montrer que les Archives diplomatiques peuvent nourrir l’histoire sociale, culturelle et économique du continent africain aussi bien que celle des relations internationales.

Cet ouvrage est disponible à l’achat en s’adressant directement au service des ventes du CTHS ventes@cths.fr et en librairie.

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  • Page de couverture

    Céline Pauthier et Alain Messaoud, maîtres de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Nantes

    Guia Migani, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Tours

    Michel Catala, professeur d'histoire contemporaine à l’Université de Nantes