Indépendances africaines : sources d’archives diplomatiques

Par Sarah Clinet, Éric Lechevallier et Agnès Moinet-Le Menn (Archives diplomatiques)

Archives « africaines » de la France : un kaléidoscope administratif

Les archives conservées par le ministère des Affaires étrangères sont l’une des principales ressources disponibles, parmi les archives publiques françaises, sur l’histoire des relations entre la France et l’Afrique, et sur l’histoire de l’Afrique elle-même.


La composition des archives, tout comme leur cheminement d’une autorité à une autre, reflète l’évolution des relations entre la France et le continent africain, de la constitution du second empire colonial français aux années cruciales qui mènent aux indépendances et à l’établissement de relations d’État à État, dans les années cinquante et soixante.


Le ministère des Affaires étrangères devient alors, progressivement, avec les indépendances, l’un des centres de la politique de la France en direction de ses anciennes colonies. Cette évolution est marquée par la cohabitation de plusieurs acteurs officiels, dont aucun n’a le monopole des relations franco-africaines, et par des évolutions institutionnelles assez progressives et propres à chaque champ géographique. Ainsi, les relations avec la Tunisie et le Maroc relèvent en permanence du Quai d’Orsay, avant, pendant et après les protectorats. À l’opposé, l’Algérie et les colonies d’Afrique subsaharienne (ou pays du « Champ ») n’entrent dans le champ d’action de la diplomatie française que par étapes, à partir de leurs indépendances : l’Algérie relève d’une administration ad hoc jusqu’en 1966 ; les pays du « Champ » sont pour une large part le domaine de structures héritées de la France d’outre-mer (ministère de la Coopération, jusqu’en 1999) et de l’éphémère Communauté, avec, à la présidence de la République, le secrétariat général pour les Affaires africaines et malgaches, dirigé par Jacques Foccart de 1958 à 1974. Les rapports avec les anciennes colonies étrangères relèvent, quant à eux, à l’époque des indépendances, du seul Quai d’Orsay.


Face à la diversité des intervenants et à l’enchevêtrement de leurs compétences, le chercheur est amené, pour saisir l’ensemble des enjeux relatifs aux indépendances africaines, à explorer les archives laissées par les différentes branches de l’exécutif, qui forment un véritable kaléidoscope, la dispersion des lieux de conservation des archives découlant de celle des pouvoirs. Cet article a pour objectif de présenter l’ensemble des sources archivistiques sur les indépendances africaines conservées dans les deux centres des Archives diplomatiques.

 

Administration centrale du ministère des Affaires étrangères

Les archives produites par l’administration centrale du Ministère, conservées au centre des Archives diplomatiques de La Courneuve, sont, pour la période concernée, organisées par grandes directions et services, puis par thématiques. Des documents intéressant la question des indépendances africaines pourront être consultés parmi plusieurs grands ensembles.


 

Archives politiques

Les sources principales proviennent des fonds de la direction générale des Affaires politiques, et plus particulièrement des directions géographiques qui la composent.

 


Afrique du Nord

En ce qui concerne la Tunisie et le Maroc, pourront être consultées les très volumineuses archives produites par la direction d’Afrique-Levant et la direction générale des Affaires marocaines et tunisiennes. Ces documents offrent une vision d’ensemble sur une période cruciale de l’histoire contemporaine de ces pays, des dernières années des protectorats aux premières années des indépendances. Ils témoignent notamment de la mise en place des nouveaux régimes, du renouveau des institutions, de l’établissement des relations étrangères et des réseaux diplomatiques et consulaires dans le monde :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Direction d’Afrique-Levant, sous-direction des Protectorats, Tunisie, 1944-1955, 25QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Direction générale des Affaires marocaines et tunisiennes, Tunisie, 1956-1970, 30QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Direction d’Afrique-Levant, puis direction générale des Affaires marocaines et tunisiennes, 1944-1968, 24QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Direction d’Afrique-Levant, mission de liaison avec les services chargés des Affaires Nord-Africaines, 1953-1959, 257QO


Les archives relatives à l’Algérie seront à consulter parmi trois fonds politiques principaux. Premièrement, le fonds d’un service appelé alternativement bureau ou mission de liaison avec l’Algérie, créé au sein du ministère des Affaires étrangères en 1957 pour faire circuler l’information entre, d’une part, le Quai d’Orsay et, d’autre part, les services du ministre résident puis du délégué général en Algérie ainsi qu’avec le ministère d’État chargé des Affaires algériennes, créé en 1960 ; ces archives documentent la politique intérieure française en Algérie, les questions militaires, les « événements algériens », l’internationalisation de la question algérienne, et l’opinion publique :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Bureau ou mission de liaison avec l’Algérie, 1956-1962, 232QO


Deuxièmement, les archives du Secrétariat d’État en 1962, placé auprès du Premier ministre puis transféré auprès du ministère des Affaires étrangères en 1966 ; administration directement chargée de l’Algérie, et à partir de 1962, des relations diplomatiques avec le nouvel État, c’est ici que l’on trouve les archives relatives à la négociation des accords d’Évian, mais aussi, sous une cote particulière, les dossiers de Français et d’Européens disparus ou présumés disparus pendant les « événements » :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, secrétariat d’État aux Affaires algériennes, 1959-1967, 260QO, 261QO, 467QO (dossiers dits des « Disparus d’Algérie »)


Enfin, le fonds dit des services de liaison avec l’Algérie constitue un ensemble disparate de dossiers émanant de différentes administrations, rassemblés en 1967 par la sous-direction d’Algérie de la direction des Affaires politiques du Ministère après la disparition du secrétariat d’État :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Services de liaison avec l’Algérie, 1957-1966, 29QO
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  • Avant projet du chemin de fer Douala-Tchad (plan au 1/20000e)

    Chemin de fer transcamerounais, pièces techniques : plan d’ensemble, profil en long, 1959
    France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Bureau Togo-Cameroun, 443QO/65

Afrique subsaharienne


Avant 1961, la sous-direction d’Afrique de la direction d’Afrique-Levant gère les questions relatives à l’Afrique subsaharienne, en particulier les affaires transversales, les relations avec les autres ensembles coloniaux et les pays indépendants.


De 1958 à 1961, les colonies françaises d’Afrique intègrent la Communauté, institution fédérale au sein de laquelle les États jouissent d’une certaine autonomie, à l’exception de la Guinée qui choisit l’indépendance : les relations avec ce pays sont gérées dès 1958 par la direction d’Afrique-Levant.


À la suite de la décolonisation, une nouvelle direction voit le jour : la direction des Affaires africaines et malgaches (DAM). Elle traite les affaires relatives aux anciens pays de la Communauté. Bien qu’indépendante de la direction des Affaires politiques, elle est confiée à Jean-Marie Soutou, également chargé des affaires d’Afrique-Levant, service compétent pour le reste de l’Afrique.


Au début de 1972, une nouvelle direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient est créée, tandis que la DAM élargit sa compétence à l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Elle est divisée en deux sous-directions, regroupant pour l’une l’Afrique francophone, pour l’autre les autres pays du continent. En 1978, cette organisation laisse place à trois zones géographiques (Afrique occidentale, Afrique australe et océan Indien, Afrique centrale et orientale) qui se maintiendront avec quelques variations. En 1998, la DAM est renommée direction d’Afrique et de l’océan Indien (DAOI).

 

Deux fonds d’archives relatifs à l’Afrique subsaharienne

Sur la tranche chronologique 1961-1972, il existe pour l’Afrique subsaharienne deux ensembles d’archives distincts :

  • le fonds Afrique-Levant/Afrique, issu de la sous-direction éponyme
  • le fonds Afrique, issu de la DAM

Fonds Afrique-Levant/Afrique

Couvrant la période de 1944 à 1972, le fonds Afrique-Levant/Afrique regroupe :

  • les affaires transversales et continentales et la commission pour la Coopération technique en Afrique au sud du Sahara (ou CCTA) ;
  • les pays d’Afrique indépendants ou en voie d’indépendance ;
  • les possessions coloniales des puissances étrangères ;
  • quelques dossiers concernant des colonies et des territoires français ou associés, ainsi que les territoires sous tutelle de l’ONU du Togo et du Cameroun.

Fonds Afrique

Sur la période 1961 à 1972, le fonds Afrique, issu de la DAM, propose :

  • les pays dits du « Champ » : le Tchad, le Dahomey, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Congo (Brazzaville), le Niger, le Sénégal, la République centrafricaine et la Haute-Volta ;
  • les « Généralités Afrique » qui regroupent les questions thématiques, continentales et multilatérales ;
  • les archives issues des services Togo-Cameroun, passés de l’autorité de la France d’outre-mer à celle du Premier Ministre en 1960, et dont les compétences ont été transférées en partie à la DAM jusqu’à sa disparition en 1965.


À partir de 1973, le fonds Afrique regroupe l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne.

Un travail au long cours

Le travail de classement et de description concernant ces deux fonds se poursuit toujours, en relation avec l’actualité politique, historique et les demandes des chercheurs.

Quelques fonds complémentaires

En parallèle des fonds politiques, la consultation de fonds complémentaires pourra apporter d’autres témoignages éclairants. Les archives des cabinets ministériels et du Secrétariat général du Quai d’Orsay sont toujours un complément utile des séries politiques. Bien que l’on n’y trouve pas toujours de dossiers thématiques propres à ces questions, les fonds des secrétaires généraux conservent plusieurs documents de référence relatifs aux indépendances africaines (protocoles et échanges de lettres) :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Cabinet du ministre Antoine Pinay, 1955-1956, 10QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Cabinet du ministre Christian Pineau, 1956-1958, 11QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Cabinet du ministre Maurice Couve de Murville, 1958-1968, 12QO
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Secrétariat général du Quai d’Orsay, 1944-1971, 231QO, 235QO, 508QO


Le fonds du Protocole regroupe dans ses séries A (corps diplomatique) et B (corps consulaire), les dossiers individuels des ambassadeurs, des consuls et du personnel diplomatique et consulaire, les dossiers traitant des immunités et des immeubles diplomatiques. Il est très utile pour étudier l’établissement des relations diplomatiques et consulaires après les indépendances. On y trouve notamment des lettres de créances et de rappel des ambassadeurs des pays nouvellement indépendants, pour certaines richement décorées et brodées. La consultation de la série C permet d’aborder toute question relative au cérémonial des États nouvellement établis :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Protocole, corps diplomatique, 1814-1969, 123SUP, 10INVA
  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Protocole, corps consulaire, 1744-1966, 69SUP
     

On trouve dans les archives du secrétariat des Conférences - devenu direction des Nations Unies et des organisations internationales (NUOI) - qui est chargé de la préparation des conférences internationales, de la documentation générale et des études relatives à la préparation des traités de paix et aux problèmes internationaux ainsi que des liaisons entre le gouvernement français et l’Organisation des Nations Unies et les institutions spécialisées qui en dépendent (traitement des dossiers des indépendances par l’Assemblée générale des Nations unies, débats généraux, arguments de la position française, position des autres pays et les résolutions sur le droit des peuples à l’indépendance, etc.) :

  • France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Secrétariat des Conférences, Dossiers des assemblées générales, 1944-1965, 372QO, 517INVA


Enfin, les fonds de la direction générale des Relations culturelles, scientifiques et techniques (DGRCST) ainsi que la partie des fonds du ministère de la Coopération, conservés au centre des Archives diplomatiques de La Courneuve pour la période couvrant les années 1984 à 1999, apportent un éclairage sur les relations culturelles et scientifiques ainsi que les problématiques d’aide au développement et d’assistance technique et militaire. La composition des fonds de la DGRCST, compétente pour l’Afrique du Nord et les pays non francophones d’Afrique subsaharienne, permet une entrée dans les fonds via, notamment, une approche par pays et zone géographique ainsi que par grande thématique culturelle, scientifique ou technique.

Réseau diplomatique et consulaire


Conservées à Nantes, les archives des représentations de la France à l’étranger sont complémentaires de celles de l’administration centrale. Si ces deux ensembles ont un noyau commun, constitué par la correspondance entre le Ministère et ses ambassades et consulats, l’activité des postes diplomatiques et consulaires se reflète également dans la production de nombreux corpus de documents qui leur sont propres. Loin d’être un simple miroir, les fonds métropolitains et de l’extérieur incluent des relations et des objets spécifiques, que l’on consultera avec profit dans les deux salles de lecture de La Courneuve et de Nantes.


Les archives des ambassades et des consulats de France en Afrique illustrent l’implantation assez tardive de la diplomatie française sur le continent, l’importance prise par les relations franco-africaines à partir des indépendances, et aussi la complexité de l’organisation administrative.

Brève chronologie


Malgré l’ancienneté de la présence française sur la côte d’Afrique du Nord, où des consulats sont établis dès le XVIe siècle, les représentations de la France en Afrique sont peu nombreuses avant les indépendances.


En 1947, le réseau diplomatique se réduit aux quelques États indépendants du continent, où la France s’est dotée dès le XIXe siècle de représentations : Égypte, Éthiopie, Liberia, Union sud-africaine.


19 consulats ou consulats généraux complètent ces implantations, surtout en Afrique du Nord (8 consulats à Tanger, au Maroc espagnol, en Libye et en Égypte), dans les colonies anglaises, belges et portugaises, et en Afrique du Sud.


La vague des indépendances voit le réseau français s’étendre d’une manière considérable. Des ambassades sont presque systématiquement ouvertes dans les nouveaux États : en 1965, on trouve 35 ambassades sur le sol africain, pour 37 États indépendants. En 1981, ce sont 46 ambassades pour 51 États puis, en 2022, 47 ambassades pour 54 États. Cette extension massive illustre le souci du ministère des Affaires étrangères d’assurer une présence physique auprès de la quasi-totalité des gouvernements africains. Les dates des nominations des ambassadeurs sont très significatives de cet empressement : dans les anciennes colonies françaises et belges, elles coïncident avec les indépendances ou les suivent de quelques jours ; dans les autres pays, elles interviennent en général au bout de quelques mois.


Le réseau consulaire s’étend lui aussi à partir des années soixante, mais d’une manière moins uniforme. Sur les 71 consulats actifs en 1965, 57 sont implantés dans les anciennes colonies, où se concentrent les résidents français, qu’il s’agisse des colons demeurés sur place ou des coopérants. Par la suite, le nombre de consulats se réduit progressivement, du fait, dans un premier temps, du retour en métropole de nombreux Français, puis, à partir des années quatre-vingt-dix, de la concentration des moyens sur les postes les plus importants. En 1981, on comptait encore 45 consulats, dont 38 dans l’ex-empire colonial ; ils étaient 23 seulement en 2022.

Quelques caractéristiques des postes africains


L’hétérogénéité du suivi des relations franco-africaines, déjà évoquée pour l’administration centrale, se reflète dans les compétences et l’importance des postes, très inégales selon les pays.


En Afrique du Nord et en Égypte, la présence diplomatique est ancienne : en plus d’importants consulats comme Tanger ou Le Caire, le Quai d’Orsay avait la charge des protectorats au Maroc et en Tunisie, dont bon nombre des personnels sont restés sur place après 1956. Les connaisseurs du monde arabo-musulman sont donc nombreux parmi eux. Ils vont peupler les services des nouvelles ambassades qui, sauf en Libye, sont toutes dotées d’effectifs et d’attributions étendus, embrassant les relations culturelles autant que politiques. Des services de coopération culturelle et technique sont constitués dès les indépendances et relèvent directement de la direction générale des Relations culturelles, scientifiques et techniques du Ministère. Il faut noter également la situation particulière de l’ambassade de France en Algérie : tout en assurant les mêmes fonctions et en utilisant les mêmes moyens que les autres postes, elle relève à sa création, en 1962, du secrétariat d’État chargé des Affaires algériennes, échappant à la tutelle du Quai d’Orsay jusqu’en 1966. Le réseau consulaire au Maghreb atteint quant à lui une densité exceptionnelle. En Algérie, 33 consulats ont été créés à l’indépendance et 17 existent encore en 1965. À la même date, on compte 11 consulats au Maroc et 3 en Tunisie.


Dans les pays du « Champ », les anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne qui relèvent de la direction des Affaires africaines et malgaches, les ambassades sont également dotées d’importants moyens et assurent la continuité des relations politiques avec les gouvernements locaux. Il s’agit là d’un terrain d’action nouveau pour les diplomates, dont les effectifs s’enrichissent de nombreux personnels issus des anciennes administrations coloniales. La présence consulaire est également significative, comme on l’a souligné précédemment. La coopération échappe en revanche aux ambassades dans ces pays, puisque les missions de coopération et d’action culturelle (MCAC) relèvent du ministère de la Coopération.


Si des relations sont rapidement nouées avec les autres pays africains, les moyens donnés aux ambassades y sont généralement plus modestes, et les consulats peu nombreux. La coopération y relève initialement du Quai d’Orsay, mais glisse progressivement, pour les pays francophones - Congo-Kinshasa, Rwanda, Burundi, île Maurice - vers les MCAC. Deux pays se distinguent toutefois par l’intérêt et les moyens que leur accorde le ministère des Affaires étrangères. Il s’agit d’abord de l’Éthiopie, avec qui les relations sont anciennes et dont le voisinage avec la côte française des Somalis constitue un enjeu stratégique pour la France, et ensuite de l’Afrique du Sud, où, en dépit de l’apartheid, les échanges économiques et les coopérations sont nombreux jusqu’à la fin des années soixante-dix.

Archives coloniales


Avant d’évoquer les Archives diplomatiques proprement dites, un sort particulier doit être fait aux archives coloniales. Si la plus grande partie d’entre elles est conservée aux Archives nationales d’outre-mer et dans leurs pays de production, des ensembles plus ou moins importants sont conservés aux côtés des archives des ambassades. Il s’agit généralement de dossiers politiques récents, couvrant les années quarante et cinquante, constitués par les services des gouverneurs et hauts-commissaires, qui ont été transmis comme base de travail aux ambassades nouvellement ouvertes. Leur volume et leur degré d’intérêt varient selon les pays, les fonds les plus remarquables étant certainement ceux de l’AOF, de la Mauritanie et de l’Oubangui-Chari.


On rappellera également que les archives des protectorats français au Maroc et en Tunisie sont pour leur part partagées entre le centre des Archives diplomatiques de Nantes, les Archives du Maroc et les Archives nationales de Tunisie.

Archives des postes


L’intérêt des archives des représentations françaises à l’étranger, souvent appelées « archives des postes », tient d’abord à leur complémentarité avec celles de l’administration centrale. Si elles se recoupent pour partie, à travers la correspondance avec le Quai d’Orsay - notes, circulaires, dépêches et télégrammes -, ces archives contiennent de très nombreuses catégories de dossiers et de documents uniques, qu’il s’agisse des échanges avec les autorités des pays d’accueil et la société civile, de la documentation de première main collectée sur place, ou des dossiers tenus en un seul exemplaire dans les services. La collecte des archives des postes, qui est un processus continu, permet régulièrement d’enrichir les fonds accessibles : on consultera avec intérêt l’État général des fonds, régulièrement actualisé au gré des entrées et des nouveaux classements.


Parmi ces archives, celles des ambassades et de leurs services culturels sont celles dont la collecte est la plus avancée. Pour la plupart des pays, les fonds nantais vont des indépendances à la fin des années quatre-vingt-dix. Les archives des consulats sont souvent moins bien fournies, car les denses séries de dossiers d’immatriculation des Français sont conservées sur place pendant des périodes plus importantes. Les fonds les plus riches, en volume comme en variété d’informations et de documents, sont certainement ceux des pays francophones et de l’Égypte. La quasi-totalité du continent est en tout cas représentée, avec assez peu de lacunes, sauf pour quelques pays où des destructions ont dû être effectuées en urgence par les ambassades (Libye, Rwanda pour la période 1988-1993) ou pour les périodes de rupture des relations diplomatiques (Égypte entre 1956 et 1963, Guinée entre 1965 et 1975).