16 mai 1770, Marie-Antoinette épouse Louis-Auguste
Par Quentin Muairon (Archives diplomatiques) - 31 août 2024
Contrat du mariage de l'archiduchesse Marie-Antoinette et du dauphin Louis, ratification : lettres patentes de Marie-Thérèse d'Autriche et de Joseph II (23 avril 1770). Couverture de velours grenat et sceau pendant de cire rouge aux grandes armes du Saint-Empire dans une boite en vermeil aux petites armes de Joseph II. France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Collection des traités, TRA17700001/005A
Un contrat de mariage parmi les traités
Aux Archives diplomatiques, dans la collection des Traités, vingt pièces constituent un dossier réunissant pleins pouvoirs, lettres patentes, dispenses, actes, procurations, ratifications et, finalement, contrat, échangés en 1769 et 1770 lors des négociations pour le mariage de Louis-Auguste, duc de Berry, dauphin de France, futur Louis XVI avec l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche.
La ratification du contrat de mariage à Vienne le 23 avril 1770 par Marie-Thérèse, impératrice douairière d'Autriche, et par Joseph II, empereur d'Autriche est un document original en latin et en français. Il forme un cahier vélin de trente-six pages, relié dans un portefeuille de velours rouge. Il est accompagné d’un sceau de cire rouge aux armes de Joseph II dans une boîte en vermeil avec couvercle appendu sur cordon.
Elle se compose de treize articles principaux et deux articles séparés. Les conditions du mariage y sont présentées, notamment le montant de la dot apportée par Marie-Antoinette (200 000 florins) et sa renonciation à revendiquer les terres des Habsbourg. Louis XV offre à la nouvelle Dauphine une rente (20 000 écus d’or) et des diamants.
L’union par ce mariage des Bourbons de France et des Habsbourg d’Autriche confirme un renversement des alliances construit patiemment depuis une quinzaine d’années.
1756, une révolution diplomatique
Si le rapprochement entre les deux puissances jusqu’alors ennemies avait déjà été envisagé par Louis XIV puis par le cardinal Fleury, il n’avait jamais pu encore se concrétiser, en partie à cause d’une méfiance mutuelle nourrie par trois siècles de rivalités. Jusque-là, la France avait pour politique d’affaiblir l’Autriche en comptant sur l’appui des États allemands, de la Suède, de la Prusse et de l’Empire ottoman.
Après la guerre de succession d’Autriche (1740-1748), le chancelier Wenzel Anton von Kaunitz, ancien ambassadeur habsbourgeois à Versailles (1750-1753) finit par convaincre l’impératrice Marie-Thérèse de signer un traité avec la France pour contrecarrer la montée en puissance de la Prusse qui l’a privée de la Silésie, la région de l’Empire la plus riche et la plus peuplée. La signature du traité de Westminster (16 janvier 1756) entre la Grande-Bretagne et la Prusse va accélérer les négociations, la France redoutant les velléités coloniales de l’Angleterre et ses visées sur ses possessions ultra-marines. La France et l’Autriche signent le 1er mai 1756 le premier traité de Versailles, actant une révolution diplomatique. Le 1er mai 1757, il est suivi du second traité de Versailles. Les quatre parties sont alors engagées dans la guerre de Sept Ans (1756-1763) qui s’achèvera par la défaite de la coalition franco-autrichienne.
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Famille de Marie-Thérèse d'Autriche et François de Lorraine en 1756
Peinture (huile sur toile) par Martin van Meytens (atelier de)
Château de Versailles
Un mariage pour ultime succès de Choiseul
Les mariages permettent de tisser des alliances politiques. Marie-Thérèse va utiliser sa nombreuse descendance pour consolider le nouveau système diplomatique et l’influence des Habsbourg sur la conduite des affaires européennes.
En dépit de leur défaite lors de la guerre de Sept Ans, un mariage est envisagé entre les couronnes française et autrichienne. Dès 1764, Starhemberg, ambassadeur d’Autriche à Paris, et Choiseul-Stainville, principal ministre de Louis XV, rentrent en pourparlers. Ce dernier est très impliqué dans la concrétisation du mariage et obtient la nomination de l’abbé de Vermond comme précepteur pour Marie-Antoinette. La demande officielle est faite en juin 1769. Jusqu’à cette date, l’ambassadeur de France à Vienne a reçu pour instruction de n’offrir aucune garantie à Marie-Thérèse au sujet de l’alliance matrimoniale projetée, position illustrant la politique étrangère ambivalente de Louis XV.
Une union enfin consacrée
En avril 1770, le marquis de Durfort (représentant du roi de France à Vienne) règle les dernières formalités juridiques avec les chancelleries, l’aménagement de l’ambassade de France pour la cérémonie et les détails protocolaires avec la cour de Vienne. Le mariage a lieu par procuration le 19 avril en l’église des Augustins à Vienne. C’est l’empereur Joseph II, frère de l’archiduchesse Marie-Antoinette qui tient le rôle du Dauphin.
Accompagnée d’une nombreuse escorte, la nouvelle Dauphine quitte ensuite Vienne pour être remise à la France. Sur l’île aux Épis, zone neutre située au milieu du Rhin entre Kehl et Strasbourg, dans un bâtiment éphémère en bois construit à cheval sur la frontière, elle se dépouille de ses vêtements et des biens de sa patrie d’origine, pour se parer de ses nouveaux habits à la mode française.
Le 14 mai, Marie-Antoinette arrive au château de Compiègne où elle rencontre pour la première fois le Dauphin. Les promis ont alors respectivement 15 ans et 14 ans. Le 16 mai, leur union est célébrée par l’archevêque de Reims dans la chapelle royale du château de Versailles. Les festivités du mariage durent plusieurs semaines dans tout le pays. Elles sont marquées par un événement tragique le 30 mai lors d’un feu d’artifice organisé par la ville de Paris sur la place Louis-XV (actuelle place de la Concorde). Une bousculade occasionne alors 132 morts et 1500 blessés.
En mai 1770, François-Michel Durand de Distroff succède temporairement à Durfort, en attendant l’arrivée à Vienne du cardinal de Rohan. Dans un mémoire d’instruction lui étant adressé, il est écrit : « Le sieur Durand est pleinement instruit des liaisons intimes et sincères qui subsistent entre la France et l’Autriche. Une alliance cimentée par une fidélité éprouvée pendant quatorze ans et consolidée par les sentiments personnels des souverains, qu’un mariage désiré vient de resserrer encore à la grande satisfaction du Roi, forme la base de notre situation vis-à-vis de la cour de Vienne, ainsi que celle de la partie principale de notre système politique ».
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L'archiduchesse Marie-Antoinette arrive à Versailles le 16 mai 1770
Gravure à l'eau-forte en couleurs
Une alliance sans avenir
Malgré une réussite diplomatique apparente, l’alliance paraît fragile. Le duc de Choiseul est disgracié le 24 décembre 1770 et Marie-Antoinette tarde à concevoir un héritier. Une partie de la cour de France demeure opposée à l’alliance avec l’Autriche. Le mariage n’est pleinement consommé qu’en août 1777. Le dauphin Louis-Joseph naît en 1781. Entre-temps, les jeunes époux auront été proclamés roi et reine de France à la mort de Louis XV, le 10 mai 1774. Ils seront destitués puis condamnés à mort en 1793. La monarchie autrichienne entrera en guerre contre la République française. L’Ancien Régime aura pris fin.