Au détour des papiers du cardinal
Pamphlets et propagande mazarine aux Archives diplomatiques
Par Maximilien Deroux (Archives diplomatiques) - 19 juillet 2019
Entre 1648 et 1653, la Fronde secoue la France. Cette révolte parlementaire, princière, nobiliaire et bourgeoise contre la régente Anne d'Autriche et le principal ministre du jeune Louis XIV, le cardinal Mazarin, se joue aussi sur le terrain de l'opinion. Elle donne lieu à un déferlement de libelles désormais connus sous le nom de mazarinades. Imprimées ou manuscrites, frivoles ou sérieuses, mesurées ou corrosives, plus de cinq mille pièces inondent alors les rues de la capitale, de plusieurs villes de province… et aujourd'hui les fonds anciens de nombreuses bibliothèques.
La Bibliothèque du ministère des Affaire étrangères n’en détient que quelques-unes. En revanche, un fonds bien particulier conservé aux Archives diplomatiques intéresse de près les mazarinades et leur histoire : les papiers du cardinal Mazarin.
En 1661, le caractère administratif et politique de ses archives n'empêche pas Mazarin d'en disposer par voie testamentaire. Il les lègue à son intendant Colbert qui les fait classer et relier. Transmises ensuite dans la famille du contrôleur général des Finances, elles sont acquises par le roi en 1732, avec le reste des manuscrits de la bibliothèque colbertine. Les presque cinq cents volumes des papiers de Mazarin ne rejoignent cependant pas la Bibliothèque du roi mais le dépôt des Affaires étrangères, au Louvre. Le garde des Sceaux Chauvelin - aussi secrétaire d’État aux Affaires étrangères - les y fait installer sans doute en raison de leur importance diplomatique.
La correspondance du cardinal est d'un intérêt considérable quant à l'histoire littéraire et éditoriale de la Fronde : elle livre quantité de renseignements factuels sur l’actualité des publications, frondeuses comme gouvernementales, leur élaboration et leur diffusion. En ce qui concerne les libelles à proprement parler, ils ne sont guère plus de deux cents dans les papiers de Mazarin. Ce modeste échantillon cache pourtant des pièces originales et variées. À côté des traditionnelles mazarinades imprimées, on y croise certaines mazarinades manuscrites, des brouillons ou encore des projets restés inédits.
Voici quelques pièces parmi celles ayant été découvertes et cataloguées au cours d’une étude conduite en 2014 et publiée en 2019.
Plusieurs dizaines de mazarinades sont imprimées sous forme de placards. Ceux-ci, destinés à être affichés sur la voie publique, sont pour cette raison en majorité perdus. Le ministre Le Tellier adresse l'un d'entre eux à Mazarin, avec sa dépêche du 27 août 1650. Ce placard titré Peuple avait été diffusé par le parti des Princes quelques jours plus tôt dans les rues de Paris.
Certaines mazarinades restent manuscrites ou sont diffusées avant leur impression sous cette forme plus confidentielle. C'est le cas des Raisons d’Estat contre le ministere estranger, aussi contrefaite sous le titre d'Advis sur l’Estat touchant les affaires presentes et le gouvernement estranger. Le libelle imprimé en 1649 circule pourtant depuis 1648. Plusieurs copies manuscrites en témoignent. L'une d'elles, titrée Celebres remarques tres-notables sur l'Estat gouverné par les estrangers avec les inconveniens qui en peuvent arriver, arrive en possession de Mazarin et trouve sa place dans ses papiers.
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Mazarin gravé par Robert Nanteuil. 1656
Papier, burin, 47 x 34,5 cm
France, Ministère des Affaires étrangères, Collection iconographique, série A, A007695
D'autres pièces, imprimées à l'étranger, sont rarissimes dans les collections françaises. La duchesse de Longueville, après avoir fui le royaume au début de l'année 1650, organise depuis les Provinces-Unies une intense propagande à laquelle répond la Copie d'une lettre escrite à Madame la duchesse de Longueville, imprimée à Rotterdam. Cette pièce est absente des collections de la Bibliothèque mazarine. Seule la Bibliothèque nationale de France en possède un autre exemplaire.
Puisque la guerre d'opinion implique durant la Fronde tous les partis, l'intérêt majeur des papiers de Mazarin est de documenter ses propres efforts de communication et ceux de la cour. On y conserve les minutes de déclarations royales comme, en 1649, celle de la Declaration du roy portant suppression de toutes les charges & offices dont sont pourveus les gens cy-devant tenans la cour de parlement de Paris […], de la main d'Hugues de Lionne, secrétaire du Ministre [1]. On y découvre encore le brouillon d'une pièce capitale qui accompagne, début 1652, le premier retour d'exil de Mazarin : celui de la Lettre de Monsieur le cardinal Mazarin escrite au roy sur son retour en France. Le manuscrit est muni de quelques amendements, dont certains de la main même du cardinal.
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Copie d'une lettre escrite à Madame la duchesse de Longueville (page de titre)
Rotterdam : s.n., 1650
Papier, imprimé, 13 x 18,5 cm
France, Ministère des Affaires étrangères, Mémoires et documents, France, 53MD/868, fol. 52-59
La propagande mazarine est longtemps restée timide et matériellement difficile dans une capitale frondeuse. C'est pourquoi des pamphlets défendant le Ministre, parfois d'excellente qualité, demeurent à l'état de projets dans ses archives. Il s'en trouve au moins une vingtaine dans les papiers de Mazarin, parmi lesquels les Considerations sur la remonstrance du Parlement au roy et à la reine regente, répondant aux remontrances du 21 janvier 1649. Elles pourraient avoir été rédigées ou inspirées, suggère l'historien Hubert Carrier, par le conseiller et bibliothécaire de Mazarin, Gabriel Naudé.
Les résultats de l’enquête conduite en 2014 ont été communiqués à la bibliothèque Mazarine et à l’équipe des Recherches internationales sur les Mazarinades et désignés à l’attention des chercheurs sur leur site Internet. Il n’est pas exclu que la consultation des volumes d’archives des séries Correspondance politique et Mémoires et documents ne permette à l’avenir de découvrir de nouvelles mazarinades et d’enrichir ainsi ce corpus à présent clairement identifié.
Note
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Mémoires et documents, France, 53MD/866, fol. 71-74