Jean-Baptiste-Louis dit Joseph Rousseau, diplomate et cartographe en Orient au début du XIXe siècle

Par Michaël Georges (Archives diplomatiques) - 21 août 2025

Une carte remarquable

Parmi les cartes de grandes dimensions de la collection des Archives diplomatiques, celle, manuscrite, décrivant le « Cours d'une portion de l'Euphrate, avec la route de Hite à Alep à travers le grand Désert dit Chamié par J. L. Rousseau ci devant secrétaire de la légation française de Theran, maintenant consul général de Sa Majesté impériale & royale à Alep et dépendances, chevalier de l'ordre impérial du soleil de Perse, correspondant de l'Institut impérial de France »  est fascinante [1]. Sur un ruban de 40 cm de hauteur et près de 250 cm de longueur, elle figure les points de repère (sources, puits, reliefs, ruines, routes, etc.) rencontrés sur le voyage à travers le désert entre Alep en Syrie et Hit dans l’Irak actuel sur les bords de l’Euphrate. L’échelle ne mentionne pas de kilomètres mais « dix heures de marche de caravane ». Sa date n’est pas précisée. Néanmoins, elle est fournie implicitement par la titulature du cartographe : seul Napoléon 1er, empereur des Français et roi d’Italie a bénéficié en France de ce prédicat.

Consul, cartographe et polyglotte

L’auteur de la carte, Jean-Baptiste-Louis dit Joseph Rousseau n’est pas seulement un cartographe de talent mais aussi un diplomate et orientaliste émérite, ayant contribué significativement aux relations entre la France et cette région du monde.


Son grand-père, Jacques Rousseau (1683-1753) fut un horloger joailler originaire de Genève parti s’établir à la cour du Shah de Perse. C’était aussi un cousin germain d’Isaac Rousseau (1672-1747), le père du philosophe Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). Son père, Jean-François-Xavier Rousseau est né en 1738 à Ispahan où il reçoit une éducation lui permettant de maîtriser les langues de la région, en plus du portugais, de l’italien et du français. Outre ses activités commerciales au sein de la Compagnie française des Indes, il s’investit dans la diplomatie au service de la France en devenant consul de France à Bassora et à Bagdad avant de finir ses jours à Alep en 1808.


Jean-Baptiste-Louis dit Joseph Rousseau naît incidemment en 1780 dans le coche entre Auxerre à Paris au cours du seul voyage de ses parents en France. Élevé en Orient, il apprend lui aussi le persan et le turc dans sa jeunesse. Le 4 mai 1807, la France et la Perse concluent le traité de Finkenstein [2], établissant une alliance face à un adversaire russe commun. Avant même que les négociations n’aient abouti à la signature du traité, Joseph Rousseau est invité à se rendre à Téhéran pour préparer l’ambassade française , dès avril 1807. Il est possible que la carte retrace une partie de son itinéraire. Par la suite, il sera attaché à la mission d’ambassade en Perse du comte Paul-Ange-Louis de Gardane (1765-1822), relatée dans le Journal d’un voyage dans la Turquie d’Asie et la Perse fait en 1807 et 1808. Au décès de son père, il revient à Alep en tant que consul général, de 1808 à 1814. Il poursuit sa carrière à Bagdad et Tripoli avant de revenir en France où il s’est éteint à Marseille en 1831. Il met à profit sa connaissance de la Syrie et de la ville d’Alep pour dresser en 1825 une Carte d'une portion du Scham (la Syrie), du Djéziré (la Mésopotamie) et de l'Iraq-Arabi (la Babylonie). Cette réalisation donne à voir l’un des plus anciens plans de la ville d’Alep.


D’autres témoignages de l’activité diplomatique et scientifique de Jean-François et de Joseph Rousseau figurent aux Archives diplomatiques. Ainsi, le registre de transcription de leur correspondance entre 1803 et 1807 (1AE/129) a été acquis en vente publique en 2005. Un ex-libris collé sur la reliure d'un récit de Joseph Marshall publié en 1776 et intitulé Voyages dans la partie septentrionale de l’Europe (1 Ez 14) est un rare vestige en France de la collection de la bibliothèque des Rousseau, dont les manuscrits orientaux furent vendus au gouvernement russe en 1818 et en 1824.


Tous ces éléments montrent comment des commerçants et des diplomates ont contribué à tisser des liens entre la France et des pays lointains et à transmettre les informations dont ils prenaient connaissance au gré de leurs déplacements et rencontres.

 

Notes

  • 1

    France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Collection cartographique, INV_GEO 244

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  • 2

    France, Archives du ministère des Affaires étrangères, Collection des traités, TRA18070019

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